Russie: un étudiant enquêtant sur le radicalisme condamné pour extrémisme


Un étudiant russe qui rédigeait une vaste enquête sur le radicalisme chez les jeunes Russes a été reconnu coupable d’extrémisme et condamné à deux ans et demi de privation de liberté, a-t-on appris mardi. Etudiant en droit, Alexandre Krouze, 23 ans, préparait depuis des mois sa thèse de fin d’année, « L’extrémisme d’aujourd’hui », pour laquelle il a enquêté sur différents types de radicalisation en Russie, a raconté à l’AFP son défenseur Andreï Milevski.

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Fin décembre, l’étudiant a été reconnu coupable « d’avoir lancé des appels à des actes extrémistes » et d’ »incitation à la haine raciale via internet », après avoir relayé en 2016 quatre publications à caractère nationaliste sur sa page VKontakte, le Facebook russe. L’expertise judiciaire a estimé que les quatre images que l’étudiant avait relayées sur sa page dans le réseau social VKontakte en juillet 2016 et destinées à sonder le public, avaient un caractère extrémiste. La première image appelait à s’en prendre aux communistes, la seconde avait un caractère antisémite, la troisième visait l’immigration illégale et la quatrième appelait à changer de régime en Russie.

« Dans le cadre de mon enquête que je rédige depuis quatre ans, j’ai diffusé des images et des textes pour provoquer un débat, auquel je participais moi-même », a raconté à l’AFP Alexandre Krouze. « Selon les cas, je jouais le rôle d’un russophobe, d’un raciste, d’un nationaliste ukrainienou d’un séparatiste » de l’Est de l’Ukraine, précise cet étudiant qui habite non loin de la frontière avec l’Ukraine.

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« J’ai été surtout dégoûté de rentrer en contact avec des antisémites, vu que moi-même j’ai du sang juif dans les veines », avoue-t-il. Selon son camarade de classe Denis Mirtchev, « Alexandre a toujours dit qu’il faisait des expériences sur internet dans le cadre de sa thèse ». « Chez lui, il m’a montré un dossier qu’il avait constitué pour comparer l’attitude envers les immigrés illégaux en Europe de l’Est et en Russie », dit-il à l’AFP.

Ironie du destin et malgré cette condamnation, Alexandre a dit à l’AFP vouloir poursuivre ses études pour « devenir agent secret et combattre l’extrémisme ». En attendant, l’étudiant en droit devra passer deux ans et demi en semi-liberté, hors de son domicile, dans une zone réservée aux délinquants ayant commis des infractions légères. Lundi, la peine a été confirmée en appel.

Cette affaire s’inscrit dans une série de condamnations pour extrémisme. Quarante-trois personnes ont été condamnées à des peines de prison en 2017 en Russie pour des contenus postés sur internet, a accusé la semaine dernière une ONG de défense des droits de l’Homme en s’inquiétant de la « criminalisation rampante » de l’utilisation d’internet dans ce pays.

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